POEME DE VICTOR HUGO POUR LOUIS XVII

(écri en novembre 1822)

I

En ce temps là, du ciel les portes d'or s'ouvrirent;

Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent;

Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés;

Et les élus voyaient, lumineuses phalange,

Venir une jeune âme entre les jeunes anges

Sous les portiques étoilés.

C'était un bel enfant qui fuyait la terre;

Son oeil bleu du malheur portait le signe austère;

Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants;   

Et les vierges du ciel, avec des chants de fête,

Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête

La couronne des innocents.

II

On entendit des voix qui disaient dans la nue;

-"Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue;

Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir;

Et vous, qui de Très Haut racontez les louanges,

Séraphins, prophètes, archanges,    

Courbez-vous, c'est un roi; chantez c'est un martyr !"

-"Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre.    

Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi. 

Hier je m'endormis au fond d'une tour sombre.

Où donc ai-je régné ? Seigneur dites-le moi.

Hélas ! mon père est mort d'une mort bien amère; 

Ses bourreaux, Ô mon Dieu, m'ont abreuvé de fiel; 

Je suis un orphelin; je viens chercher ma mère,

Qu'en mes rêves j'ai vue au ciel."  

Les anges répondaient:--"Ton Sauveur te réclame.  

Ton Dieu d'un monde impie a rappelé ton âme.

Fuis la terre insensée où l'on brise la croix,   

Où jusque dans la mort descend le régicide,

Où le meurtre, d'horreur avide,

Fouille dans les Tombeaux pour y chercher des rois."

Quoi de ma lente vie ai-je achevé le reste ?

Disait-il; tous mes maux, les ai-je enfin soufferts ?

Est-il vrai qu'un gôlier, de ce rêve céleste,

Ne viendra pas demain m'éveiller dans mes fers ?

Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine,

J'ai prié; Dieu veut-il enfin me secourir ?

Oh! n'est-ce pas un songe ? a-t-il brisé ma chaine ?

Ai-je eu le bonheur de mourir ?

"Car vous ne savez point quelle était ma misère !

Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs;

Et lorsque je pleurais, je n'avais pas de mère

Pour chanter à mes cris, pour sourir à mes pleurs.

D'un châtiment sans fin languissante victime,

De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau,

J'étais proscrit bien jeune, et j'ignorais quel crime

j'avais commis dans mon berceau.

"Et pourtant, écoutez: bien loin dans ma mémoire,

j'ai d'heureux souvenirs avant ces temps d'effroi;

J'entendais en dormant des bruits confus de gloire;

Et des peuples joyeux veillaient autour de moi.

Un jour tout disparut dans un sombre mystère;

Je vis fuire l'avenir à mes destins promis !

Je n'étais qu'un enfant, faible et seul sur la terre,

Hélas ! et j'eus des ennemis !

Ils m'ont jeté vivant sous des murs funéraires;

Mes yeux voués aux pleurs n'ont plus vu le soleil;

Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères,

Vous m'avez visité souvent dans mon sommeil.

Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières,

Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux;

Oh ! ne soyez pas sourds comme eux à mes prières,

Car je viens vous prier pour eux;"

Et les anges chantaient: "L"arche à toi se dévoile,

Suis nous; sur ton beau front nous mettrons une étoile.

Prends les ailes d´azur des chérubins vermeils;

Tu viendras avec nous bercer l'enfant qui pleure,

Ou dans leur brûlante demeure,

D'un souffle lumineux rajeunir les soleils !

III

Soudain le choeur cessa, les élus écoutèrent;

Il baissa son regard par les larmes terni;

Au fond des cieux muets les mondes s'arrêtèrent; 

Et l'éternelle voix parla dans l'infini:

"O roi ! je t'ai gardé loin des grandeurs humaines.

Tu t'es réfugié du trône dans les chaines.

Va, mon fils, bénis tes revers.

Tu n'as point su des rois l'esclavage suprême.

Ton front du moins n'est pas meurtri du diadème,

Si tes bras sont meurtris des fers.

Enfant, tu t'es courbé sous le poids de la vie;

Et la terre, pourtant, d'epérance et d'envie

Avait entouré ton berceau;"

Viens, ton seigneurs lui-meme eut ses douleurs divines

Et mon fils, comme toi, roi couronné d'épines,

Porta le sceptre de roseau;"

-Victor Hugo-

Louis XVII, meme si celà n'a jamais été prouvé, fut assassiné au temple

deux ans après ses parents. Il n'avait que dix ans.

C'est celà les républicains ? C'est celà la république ?

C'est vraiment laid et horrible !